Cloud Voices cs316

 

 

 

 

 

 

 

 

Au bord du silence, Cloud Voices, soit les voix des nuages, voient les sons des musiciens se déplacer très lentement dans l’espace comme un nuage en métamorphose permanente, se décomposant et se recomposant continuellement dans un ciel gris. Toutes les nuances des murmures, du souffle, de la vibration minimale, de légers frottements, un zeste d’harmonique pointe çà et là. On devine l’air traverser le tube du trombone d’Eduardo Chagas jusqu’au pavillon le plus lentement possible. Le bout des doigts d’Abdul Moi-même effleure les cordes de sa guitare amplifiée. La contrebasse de Joao Madeira émet de longues notes tenues, soudes presqu’impalpables. Le rythme, complètement absent au départ, s’exprime par des variations de la dynamique individuelle de chaque instrument, à tour de rôle. L’ensemble s’anime dans un crescendo d’intensités très lent au fil des trois mouvements de l’unique « composition » instantanée. Même s’il repasse de temps en temps sous le niveau, l’activité du groupe s’intensifie et les sons deviennent légèrement plus denses de manière imperceptible. Dans le troisième mouvement, le trombone bourdonne et des harmoniques se déchirent de courts instants et puis les sons se posent sur un drone et tout devient mystère. Il faut encore attendre bien des minutes pour que des sons métalliques de la guitare résonnent. La musique peut devenir plus sourde, plus grave, vibrer comme un moteur à l’arrêt et puis retomber à la limite de l’audible moins un détail. …. Le challenge consiste à renouveler entièrement les sons, leurs traces, les détails infinis, une multitude de vibrations infimes qui se distinguent des précédentes tout en maintenant cette sensation de glissement sans fin, cette stase indistincte de la troisième partie, nettement plus longue et qui semble ne pas vouloir d’arrêter. L’expression de l’attente, du temps suspendu, d’une léthargie auditive… en éveil. Le corps ne s’exprime par pas sa gestuelle dansée comme dans l’improvisation libre « traditionnelle » mais dans son étirement, son immobilité feinte, sa respiration. Il y a autant de concentration que dans NOR, la même écoute intense, une action constamment retenue… Ecoutée au casque, la musique a une réelle force. Enregistré en 2015, Cloud Voices est un beau chapitre Creative Sources made in Lisboa. Ne vous fiez pas au fait que Dörner et Frangenheim, des personnalités réputées jouent dans NOR pour imaginer que Cloud Voices soit moins réussi parce que les compagnons d’Ernesto sont des inconnus. Certains des enregistrements d’Ernesto Rodrigues avec ses compagnons d’un jour sont des expériences, fruit de moments éphémères et tentative – découverte. D’autres, comme NOR et Cloud Voices sont des développements vraiment remarquables et achevés d’une esthétique mûrement réfléchie et l’expression de sa démarche arrivée à maturité. Jean-Michel van Schouwburg (Orynx)

Cloud Voices, recorded in Lisbon in March of this year, was perhaps the most distinctive of the past six months of releases for me. The title references (perhaps) the theme — or half of it — from Clocks and Clouds, an album out of Portugal that made a bit of a splash last year. Cloud Voices, a rather long quartet album at more than an hour, eschews the mechanical (or discrete) while focusing on the cloudy. It might even be said to open with thunder, although the viola-bass-trombone combination, combined with Abdul Moimême on prepared guitar, sticks to mostly acoustic material. (The boundary for a "pickup" isn't clear to me, since a recording inherently involves a microphone.) Whereas Rodrigues's Nor album, recorded in Berlin & featuring half Berlin-based improvisers, might be said to feature some similar sonorities, those sometimes halting & episodic tracks convey more of a human response, if only in protest (of bogus choices). Cloud Voices constructs a different sense of time, which is part of its charm, even if it can seem overly long at times. Indeed, this album leads me to posit time-scale as a basic difference between the generalized "clock" & "cloud" phenomena, with the clock occupying a temporality that makes ready sense at the human perceptual scale. In its exploration of nonlinear process, Cloud Voices also reminds me of Triple Point's Phase/transitions, although there the sound — the immersion, one might say — is more consistent. Although not superficially similar, listening to the two albums together seems to reveal some similar motivations. In the case of Cloud Voices, such exploration leads to more fragile activity, however, as processes struggle to gain momentum. (Perhaps the cloud becomes a social metaphor at that point.) Todd McComb (Todd McComb's Jazz Thoughts)