Gravity cs361

 

 

 

 

 

 

 

 

Sans nul doute, un des plus beaux projets réalisés par la galaxie des improvisateurs portugais fédérés autour de l’altiste Ernesto Rodrigues et de ses amis. Tous les instruments utilisés par les dix-huit musiciens présents sont « à cordes » qu’elles soient frottées (violons, violes de gambe, violoncelles, contrebasses), pincées (guitares, cithares, harpes) ou frappées / pincées par un mécanisme à clavier (piano, clavecin). Gravity est une longue improvisation qui occupe toute la durée du compact, excellemment enregistrée et préparée pour le disque par Ernesto lui-même. Quand on imagine les difficultés rencontrées pour trouver un lieu décent, rassembler autant de musiciens, les focaliser sur une idée bien précise comme cet orchestre à cordes, on peut d’ores et déjà saluer le travail extraordinaire de ces musiciens portugais réunis par Ernesto Rodrigues, lui-même venant de produire en 2016 pas moins de dix-huit albums avec ses collaborations. Un disque avec 18 musiciens et 18 albums Creative Sources, dont quatre présentent la musique d’ensembles collectifs plus imposants tels le présent String Theory, Théatron, IKB et Variable Geometry Orchestra, ces deux derniers ensembles n’étant pas à leur coup d’essai. Les effectifs du Variable Geometry Orchestra dans Quasar leur nouvel album culminent à 46 musiciens. Collectivement et musicalement, il s’agit donc d’une œuvre et un travail de longue haleine et on peut d’ores et déjà considérer la personnalité d’Ernesto Rodrigues, l’animateur infatigable de Lisbonne aussi incontournable que celles d’Eddie Prévost, Rhodri Davies, Michel Doneda ou Franz Hautzinger, par exemple, parmi les artistes qui ont contribué à renouveler la pratique de l’improvisation libre ces vingt dernières années vers des formes empreintes de minimalisme, mot qualifiant grossièrement les tendances lower-case, réductionnistes, new silence, etc... Et quoi de plus exemplaire que ce Gravity qui, débutant par un ostinato fantomatique, visite les agrégats de sons, de frottements, de pincements, de curieuses vibrations, de grincements dynamiques dans une vision kalidéoscopique et arachnéenne de l’action instrumentale cordiste. Violoncelle ou guitare préparées, miasmes de violon, grattages, sons fantômes, bruissements mystérieux.Bien qu’il semble qu’un parcours obligé soit tracé, certains instruments interviennent de concert comme si le moment était choisi : l’improvisation libre et leurs qualités innées d’écoute mutuelle, d’action et de réaction simultanées et de finesse dans l’empathie, permettent aux compagnons de String Theory de tracer un chemin, de construire un univers à la fois homogène et hétérogène suivant le point de vue sur lequel on se place. En effet, une communauté de sentiment, une température ambiante partagée par chacun se dessine et relie toutes les spécificités sonores, timbrales, les dynamiques, les affirmations franches et les connivences enjouées qui affleurent au long des trente neuf minutes trente cinq secondes. Les actions des musiciens peuvent se révéler très diversifiées ou concentrées dans un même élan selon le feeling de chacun. Gravity est un enregistrement unique dans les annales de la musique improvisée et c’est pourquoi je vais m’attarder par la suite sur les projets sœurs IKB, Variable Geometry Orchestra et Théatron dans les chroniques suivantes. Ce n’est pas tous les jours que des formations orchestrales aussi étendues soient documentées dans le domaine de l’improvisation contemporaine. Jean-Michel van Schouwburg (Orynx)